Identifier et analyser les allégories dans le folklore Germanique Partie 1 – Les Contes des Frères Grimm

| December 20, 2010 | 0 Comments
Identifier et analyser les allégories dans le folklore Germanique  Partie 1 – Les Contes des Frères Grimm

Par Asbrandir AOR

Publié dans l’ORB N° 212 – Eté 2259

Qui étaient les Frères Grimm

Les frères Grimm, Jacob et Wilhelm, étaient deux universitaires allemands qui ont recueilli et publié une série de contes populaires allemands et de contes de fées. Ils sont également connus pour leur travail en termes linguistiques, relatif à la façon dont les sons dans les mots changent au fil du temps. Les deux frères commencèrent à collecter des contes populaires autour des années 1807 en réponse à une vague d’intérêt suscité par ces vieux contes, et la première édition de la collection comptait 156 contes. Cette collection est constituée de la publication 1812 de 86 contes, intitulé” Kinder und Hausmärchen” (Contes de l’enfance et du foyer), et la publication de 70 contes de 1914, intitulé “1815″.

Contes populaires et contes de fées

Les Contes populaires de l’Europe sont un trésor que beaucoup de nos gens négligent. Ils sont souvent rabaissés comme étant au mieux des histoires pour enfants et au pire condamnés comme étant des inepties qui ne valent même pas le papier sur lequel ils sont écrits. Il s’agit d’une terrible erreur de jugement, car comme beaucoup d’entre nous le savent, ces récits contiennent souvent beaucoup de la sagesse populaire de nos ancêtres (bien que codée en allégorie). On dit souvent qu’une telle sagesse est beaucoup plus grande que celle que nous possédons aujourd’hui dans notre quête sans fin de «connaissance».

On peut se demander pourquoi nos contes européens seraient des sources fiables de la sagesse antique, surtout quand on regarde les dommages causés aux autres sources de nos traditions par les usurpateurs chrétiens qui les ont compilés. Ils les ont discrètement déformés de leur sens véritable et de leur morale. En prenant l’Edda en prose de Snorri Sturluson à titre d’exemple, nous savons que cela a été écrit à une époque où le christianisme était relativement nouveau en Europe et où les anciennes voies étaient traînées dans la boue depuis peu. Ainsi, la nouvelle religion avait quelque chose à prouver, via la désinformation et le ridicule, aux nombreuses personnes qui adhéraient encore à la foi de leurs ancêtres. Toutefois, lorsque nous arrivons aux contes populaires énoncés dans les contes de Grimm du 19ème siècle, nous constatons qu’ils ont été compilés à une période où le christianisme était bel et bien établi en Europe, le siècle des Lumières avait eu lieu, et l’Église ne cherchait plus à anéantir la culture populaire indigène comme c’était le cas quelques siècles auparavant. Tout élément «païen» dissident du folk européen avait été soigneusement nettoyé par la chasse aux sorcières, n’est-ce pas? Eh bien, cette complaisance de la part des savants et du clergé chrétien nous sert bien ici, comme nous le verrons plus tard.

Nous en arrivons maintenant à deux questions communes qui doivent être abordées ici. Tout d’abord, certains disent que les contes populaires des frères Grimm leur ont été racontés non seulement par des paysans, mais également par des gens issus des classes moyennes et aristocratiques, qui les tenaient de leurs serviteurs, diluant ainsi leur authenticité. Je ne vois pas quelle différence cela fait, car au 19ème siècle, l’ensemble de la population de l’Allemagne était bel et bien chrétienne (du moins théoriquement), de sorte que tous les contes, qu’ils aient été racontés par des membres de la communauté «» ou citadine, ont été racontés par des bouches théoriquement chrétiennes. Deuxièmement, il est dit aussi que certaines parties des contes ont été «purifiés» par les personnes qui les ont raconté et ce pour «protéger» les oreilles chrétiennes des frères Grimm, mais je prétends que ces éléments sont souvent évidents et qu’ils sont immédiatement identifiés et rejetés par le lecteur averti, comme nous le verrons ci-dessous.

Comme je l’ai mentionné ci-dessus, nous savons que ces contes ont été compilés lors d’une période où les croyances ancestrales étaient plus ou moins perdues dans le subconscient. Nous pouvons donc en déduire que l’Eglise considérait que le peuple d’Allemagne était bel et bien christianisé et que tous les contes réunis étaient également bel et bien christianisés et qu’ils ne représentaient donc pas une menace. Et à bien des égards cela est correct.

Mais attendezDes personnes comme les chamans / seidrfolk, qui ont été persécutés lors des abominable chasses aux sorcières en Europe, sont parfois vilipendées dans ces récits, et présentés sous l’archétype de la «échante sorcière» et sont confinés dans des rôles «». Pourtant, l’ironie de cela est que des exemples de pratiques chamaniques «» (comme la guérison, par opposition à la pratique soi-disant «égative» de la malédiction) ont survécu à la censure et sont souvent employés dans les contes par les héros et même par les victimes de la «ère», préservant ainsi la preuve de telles pratiques sous une forme écrite. J’espère pouvoir rechercher de tels exemples pour la suite de cette série d’articles.

Pour cet essai, j’ai sélectionné quelques contes que j’ai personnellement trouvé utiles et instructifs (tous les récits ne le sont pas – beaucoup ne semblent avoir aucune morale, aucune sagesse, ni refléter de croyances indigènes), et pour plus de clarté je les ai divisés en des catégories pertinentes dans la mesure du possible. J’espère que les lecteurs trouveront une certaine valeur dans ce que j’ai écrit, et que cela les incitera à regarder plus en profondeur dans ces contes à l’avenir, s’ils ne l’ont pas déjà fait. La clé est d’avoir une bonne imagination et de garder l’esprit ouvert en tout temps, ce qui est essentiel pour aider à identifier et analyser les allégories se trouvant dans le folklore.

Contes qui reflètent / font allusion à des pratiques chamaniques:

L’Oiseau d’OR

Selon ma propre opinion et en utilisant le peu de connaissances du chamanisme que j’ai, ce récit semble décrire en allégorie un voyage chamanique. C’est du moins comme cela que j’ai entendu les décrire en tant que non-pratiquant. Le protagoniste de notre premier conte, L’Oiseau d’Or, est le plus jeune des fils d’un Roi. Le jeune prince rencontre sa fylgja sous la forme d’un renard et ensemble, ils se lancent dans plusieurs épreuves dans lesquelles ils cherchent à gagner divers objets “d’or” (et nous pouvons supposer que c’est l’or d’une compréhension spirituelle plus profonde, plutôt que de l’or banal). Nous voyons le renard conseiller le garçon sur le meilleur plan d’action pour chacune des épreuves et finalement le conduire au bonheur et à la bonne fortune.

Ce conte commence dans le «d’agrément» d’un roi, dans lequel pousse un arbre portant «pommes d’or». Le roi compte les pommes tous les jours et un matin il se rend compte qu’il en manque une. Cela se reproduit plusieurs fois, trop souvent pour notre bon roi que cela consterne. Il demande à son fils aîné de monter la garde durant la nuit et de protéger l’arbre du voleur. Cependant, son fils aîné est incapable de rester éveillé durant la nuit et au matin il découvre qu’une pomme manque encore. Le second fils subit le même sort, et il s’éveille pour remarquer qu’il manque encore une pomme sur l’arbre et ce, sans qu’il puisse en expliquer la raison. Le plus jeune des fils demande alors s’il peut surveiller l’arbre et malgré la méfiance initiale du père envers son troisième fils (c’est le premier exemple de l’utilisation du nombre 3 dans ce conte) non seulement le jeune homme parvient à rester éveillé mais en plus il découvre que c’est un «d’or» qui prend les pommes. Le roi ordonne que quelqu’un mette un terme à ce vol,et donc bien sûr le fils aîné exige que ce soit à lui qu’échoie cette noble quête, traquer l’oiseau d’or. A ce point du conte, je dirais que je pense que cet «d’or» représente l’illumination, l’évolution spirituelle, un état de conscience supérieur, et la traque (ou la chasse) de cet Oiseau d’Or peut être vu comme suivre la quête d’une Conscience Odinique.

Lorsque le fils aîné arrive à l’orée d’un bois, il rencontre un renard (sa fylgja) qui offre de l’aider dans sa recherche. Le prince insensé dédaigne le renard le considérant comme un animal ignorant et rejette ses conseils, et il finit par se laisser distraire dans une auberge enchantée, oubliant à jamais sa noble quête. Le second fils, envoyé par le roi après que son frère ne soit revenu, ignore également ce que le renard lui dit et connaît le même sort que son aîné. Le troisième fils, le cadet, tient compte toutefois de l’avis du renard, et il est ainsi en mesure de poursuivre la quête. Cependant, bien qu’il écoute les conseils du renard pour chaque épreuve, il ne fait pas toujours exactement ce que celui-ci lui dit, et il en résulte toujours des problèmes. Pourtant le renard revient chaque fois pour l’aider à se sortir de ses problèmes, parce que le jeune prince le reconnaît. Il est également dit que le renard ressent de la compassion pour le prince (comme le fait notre propre fylgja, si nous la reconnaissons et si nous essayons de l’écouter).

Que pouvons-nous donc apprendre de ce conteEh bien, l’histoire semble vérifier l’idée de la fylgja. Il est très clair que si on a la chance de pouvoir communiquer avec notre fylgja, il est dans notre propre intérêt de suivre au plus près possible les conseils et les directions données et de ne jamais rejeter sommairement ce qui est offert:

«Sois tranquille, petit renard, je ne te ferai pas de mal.

- Tu ne le regretteras pas, répondit le renard, et pour arriver plus vite, monte donc derrière, et installe toi sur ma queue.»

Dans le cas de ce conte, la fylgja du jeune prince est un renard, mais comme nous le savons, notre fylgja peut prendre n’importe quelle forme animale et nous ne sommes pas limités à une fylgja. La fylgja est apparue au jeune prince car il était sincère et prêt à l’écouter. Elle est apparue pour l’aider le long du chemin de l’évolution spirituelle. Elle est venue l’aider à traquer et à attraper «’Oiseau d’or de l’illumination». A la fin, après toutes les difficultés rencontrées, nous voyons le jeune prince triompher de sa quête. Et en dépit d’avoir été assailli par ses frères sournois sur le chemin du retour, il revient non seulement avec “l’Oiseau d’Or”, mais aussi avec un «cheval d’or» et la «princesse du Château d’Or” – trois «trésors d’or”.

Il est à noter que nous voyons dans ce conte l’utilisation du nombre trois à plusieurs occasionstrois fils, trois épreuves et trois «récompenses d’or», ce qui semble indiquer que ce nombre avait une grande importance pour les gens chez qui cette histoire a évolué. Et comme nous le savons, le chiffre trois est un chiffre très important dans notre mythologie, cela n’est donc pas une surprise pour nous en tant qu’Odinistes.

«… puis le renard tendit sa queue, le prince monta dessus, et ils partirent à toute vitesse, si vite que les cheveux du prince sifflaient au vent…»

Contes concernant “le peuple des fées”:

Tiré du «of Seidr» par Runic John, p.24:

«…il suffit de penser aux nombreuses histoires de personnes qui ont suivi le cortège de fées et se sont retrouvées dans des collines creuses, incapables de retrouver leur chemin dans le monde des mortels…»

La Visite de servante(Conte de Grimm intitulé Les Lutins II):

Ce conte relate le même type d’histoire que ci-dessus, comme le lecteur le découvrira rapidement. Le conte commence en compagnie d’une pauvre servante qui était si travailleuse et propre que tout le monde pensait qu’elle devait recevoir de l’aide du peuple des fées. Un jour qu’elle nettoyait le porche, elle y trouva une lettre qui lui était adressée et qui l’invitait à être la marraine d’un enfant lutin. Aussitôt que son maître l’eût autorisée à s’y rendre, trois lutins vinrent la chercher pour la conduire dans une montagne creuse où vivaient les petits hommes. Il est dit que dès qu’ils arrivèrent, la montagne s’ouvrit pour les laisser entrer. Comme le dit Runic John dans «Book of Seidr»:

«… je pense que nous pouvons dire que l’ouverture de la terre, des collines, des pierres et de monticules se réfère à l’ouverture d’une porte par laquelle (il est possible) d’entrer dans l’autre-monde …».

Comme le conte progresse, on nous raconte l’incroyable beauté de la demeure des lutins. Ceci reflète peut-être l’incapacité de ceux qui ont entrepris de tels voyages à expliquer exactement ce qui s’était passé / l’apparence de leurs hôtes et de leur logement. La jeune servante fût extrêmement bien traitée par ces bonnes fées (lutins), et elles lui demandèrent de rester trois jours, et c’est ce qu’elle fit. Cependant, quand les lutins la renvoyèrent «à travers l’entrée de la montagne» (et donc à travers le «» pour rentrer en Midgard), et qu’elle fût arrivée chez elle, elle trouva que les choses étaient quelques peu différentes qu’avant qu’elle les laisse. Elle était inconnue à la fois des autres servantes et du maître, car si elle avait passé seulement trois jours dans le domaine des fées, pas moins de sept ans s’étaient écoulés en Midgard. Son vieux maître était mort et la maison avait été laissée à des étrangers. Donc, non seulement nous trouvons dans ce conte un exemple de mémoire populaire sur l’existence de «ées/lutins» et d’autres royaumes, mais nous sommes également mis en garde contre les risques d’une aventure dans ces autres royaumes, la disparité du passage du temps entre les différents royaumes étant un facteur.

C’est ainsi que se conclut pour le moment mon exploration du folklore germanique. Ce que j’ai écrit vient de ma propre réflexion après avoir lu ces contes. Il se peut bien sûr que j’aie mal interprété certaine chose. Mais puisque tout ce que nous avons, ce sont les contes eux-mêmes, tout ce que nous pouvons faire, c’est d’essayer de les comprendre. Il y a d’autres contes de Grimm que je voudrais analyser plus en avant, donc il y aura sûrement d’autres articles sur ce sujet. J’ai également dans ma bibliothèque les contes de Hans Christian Andersen ainsi qu’un vieil ouvrage sur les contes de fées anglais. Il y a donc encore beaucoup de matériel à analyser. Il me reste juste à trouver le temps qu’ils méritent à être étudiés et appréciés.

Hael à la Mémoire Ancestrale
Hael aux Dieux
Hael au rite

Sources, remerciements et inspiration

Les contes des Frères Grimm

Odinic Mythology par le Cercle Ostara

«book of Siedr» par Runic John

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Category: LORE ET RITUEL

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