Holda
Par Thorsigurd AOR
Publié pour la première fois dans l’ORB 200 – Printemps 2006
Après avoir étudié nos traditions depuis un certain temps maintenant, je suis devenu fasciné par les Dieux et les Déesses mineures et régionales, plus particulièrement de ceux et celles qui n’ont pas retenu une grande attention dans les Sagas. Comme un autre Yule a passé, j’ai décidé de consacrer quelque temps à l’étude d’une des Déesses connectée à cette période de l’année, plus spécifiquement à une Déesse qui était adorée principalement parmi les tribus peuplant l’Allemagne actuelle, et dont une partie de la mémoire a été préservée jusqu’à aujourd’hui dans le folklore de l’Allemagne, de la Suisse et de mon pays natal, l’Autriche : Holda.
Premièrement, nous devrions considérer la position d’Holda dans notre mythologie, une position qui n’est pas négligeable du tout, et qui est en fait assez complexe. Holda est préservée dans de nombreux contes populaires, où on lui a donné une variété de noms tels que Holde (qui signifie miséricordieux), Berta (brillante), Frau Freke (Dame Freke), Frau Gode (Dame Gode), et la fameuse Frau Holle (Dame Holle).
Il est remarquable qu’aussi bien le nom de Frau Freke que le thème qui l’entoure sont étroitement liés au mythe entourant la Déesse Frigg. Et comme les informations sur Frigg, si l’on se réfère aux diverses sources de la mythologie teutonique sont plutôt limitées et rares, le mythe et la tradition en honneur d’Holda pourraient être vitales dans la reconstruction de la position de Frigg dans nos traditions, et plus important encore, la position qu’elle avait dans la vie quotidienne de nos ancêtres.
En entrant plus dans les détails, nous nous rendrons compte que cette corrélation avec Frigg ne se base pas seulement sur une occurrence unique, mais que les similarités sont manifestes dans les sources auxquelles nous pouvons nous fier.
Une indication supplémentaire que Frigg et Holda pourraient être deux noms pour une même personne peut être trouvée dans un autre nom qui lui était donné, « Frau Gode ». Il est probable que cela soit lié à Odin, qui dans les régions germaniques est appelé Wotan, et dont le nom dans le langage proto-germanique était, Wodanaz. En effet, il y a eu, au début du moyen-âge, un changement du son W en G dans la langue allemande, ce qui a laissé de nombreux nom de lieux comprenant le préfixe Gode- : un des plus connu étant Godesberg, qui fait à présent partie de Bonn en Allemagne. Donc, en suivant cette logique, Frau Gode serait la femme d’Odin – ce qui suggère encore une fois une nature similaire à Frigg.
Un autre indice pourrait être que dans plusieurs légendes locales, Holda est présentée comme une Déesse de Guérison, et est considérée comme équivalente à la Déesse-Terre Nerthus, qui dans d’autres régions est appelée Hludana ou Hlodyn ; le dernier nom étant utilisé dans la strophe 55 de la Voluspa pour la mère de Thor. Ce lien particulier est basé sur l’hypothèse selon laquelle Nerthus et Frigg puissent également être de même nature. Cet article n’entrera pas vraiment dans le détail de ce sujet car William
P. Reaves l’a suffisamment fait dans son article « Nethus : Toward an Identification ». En effet, trouver plusieurs noms pour une déité spécifique semble être une chose courante dans la mythologie germanique. Odin à lui seul à plus de cinquante noms, et son fils Thor a parmi d’autres noms les suivants : Asa-Thor, Oku-Thor, Wingthor.
Holda est également très présente dans le folklore allemand. Le conte populaire le plus fameux à son sujet a été écrit au début du 19ème siècle par les frères Grimm. Dans ce conte elle est appelée « Frau Holle ». Elle a à la fois le rôle d’une bonne grand-mère (pour la fille qui aide volontiers), et d’une sorcière (pour la demi-sœur paresseuses qui refuse d’aider). Si l’on regarde uniquement à la surface du conte, il semble seulement être une histoire morale, mais en fait il nous rappelle la célébration de Noël (et donc de Yule) : Dame Holle récompense ceux qui ont été bons, mais punit ceux qui ont été méchants.
Une indication d’elle en tant que Déesse de Yule peut être trouvée dans l’idée que « quand Frau Holle fait son lit, il neige ». Il est inutile de préciser que la neige est un signe de l’hiver, qui est la saison que nous célébrons à Yule. On peut également ajouter que certains des ses noms sont étroitement liés à la lumière, tout spécialement Perchta et Berta. Encore une fois, cela suggère la période de Yule – car c’est en effet la période de l’année où nous célébrons le retour du soleil. L’idée qu’elle est une déesse de Yule est encore renforcée par de nombreuses traditions folkish. J’expliquerai cela plus tard.
Une chose qui est également intéressante est la façon dont elle est dépeinte. Elle est parfois représentée comme une déesse de beauté (ce qui pourrait peut être expliquer que les noms Frigg – Frija- et Freya – Freyja – sont souvent confondus), et parfois comme une vieille sorcière. La « sorcière » pourrait toutefois être un ajout chrétien tardif. On se retrouve donc avec l’idée qu’elle est une déesse de grande beauté et aussi une vieille femme – un concept qui semble bien étrange pour l’époque où nous vivons, où les mots « jeunesse » et « beauté » sont souvent utilisés de manière interchangeable. Pourtant cela sert d’indication que les femmes âgées et les personnes âgées en général, étaient beaucoup plus respectées que ce n’est malheureusement le cas aujourd’hui.
Néanmoins, quasiment toutes les légendes sont d’accord pour la dépeindre comme une filandière. Cette idée est renforcée par l’histoire de Noël, « Die Blaue Blume » (la Fleur Bleue). Ici elle apparaît comme étant le gardien d’une grotte -une grotte qui apparaît dans de nombreux contes populaires locaux allemand comme étant l’habitat d’Holda, et qui est généralement conçue comme étant une des grottes de la montagne « Hoher Meissner » à Hessen. Dans cette histoire, un homme entre dans sa grotte par hasard alors qu’il poursuit du bétail qui s’est échappé. La femme lui propose de choisir parmi tous ses trésors et en dépit de l’abondance de bijoux et de diamants, l’homme choisit de prendre une poignée de fleurs bleues. Le printemps suivant, les fleurs se sont multipliées dans son jardin, et pour les récompenser, la femme de la grotte rend visite à l’homme et à sa femme. Elle leur montre alors comment filer le lin. De plus, de nombreuses sources la mentionne comme étant la patronnes de toutes les femmes et de tous les enfants – ce qui une fois de plus contribue à l’idée qu’il y a au moins une connexion, si ce n’est une correspondance avec Frigg.
Curieusement, alors que nous ne connaissons la plupart des Dieux qu’à travers le lore, les traditions consacrées à Holda ont continué même après que nos ancêtres aient été christianisés. Certaines de ces traditions ont perduré jusque dans la période moderne.
Dans les temps anciens (et encore aujourd’hui dans certaines sociétés rurales), un bol de lait était laissé sur la table « le jour de Noël ». Il était laissé là pendant que la famille allait à la messe. C’était pour symboliser la fertilité à laquelle le nom d’Holda est connecté. Il est également connu que les jeunes habillaient et portaient une grande image représentant une déesse à travers le village en une procession joyeuse.
Bien que plus éloignée, nous trouvons également la tradition des « Perchtenlauf » dans le sud de l’Allemagne et en Autriche, où les gens se déguisent en démons durant les douze jours entre Noël et les fêtes des Rois – la durée de temps correspond à nos douze jours de Yule. Les raisons pour lesquelles les gens s’habillent en démons peuvent être diverses, mais une certaine théorie peut être d’un intérêt particulier :
La tradition semble être basée sur le mythe de « l’Holdafolk ». Ce sont des esprits de la montagne qui errent à travers les forêts, les collines et les montagnes. Ils sont plutôt petits et assez beaux, mais ils ont souvent une difformité, comme par exemple une bosse ou une queue. Ils sont en général censés être bienveillants, mais comme les contes le disent, ils doivent être approchés avec une certaine prudence, comme tous les autres esprits que l’on peut rencontrer le long de la route. Il est toutefois possible qu’ils aient été considérés comme une « armée » d’esprits ancestraux – et il est bien connu que Yule est entre autres choses une période où la connexion avec les esprits ancestraux est particulièrement étroite.
Quoi qu’il en soit, durant les douze « Rauhenächte », des processions sont conduites avec ces « diables » en tant que protagonistes – et bien sûr , les esprits ancestraux aussi bien beaux que déformés, sont des vestiges des temps païens vus de cette manière dans la société chrétienne. Etre effrayés par les esprits voyageant semble en effet être un motif qui revient souvent si l’on regarde le nombre répété de chasse qui se passe dans la Eyrbyggja Saga.
En outre nous pouvons également suggérer qu’une fois que notre Folk a été christianisé, cette pratique, également connue sous le nom de « Chasse Sauvage », a été étendue pour inclure d’autres créatures que l’on craignait. Il est même possible qu’Holda elle-même, en tant que déesse païenne ait été vue comme un démon. Toutefois, nous ne pouvons que spéculer sur les raisons derrière cette ancienne et vaste coutume ; de les traiter brièvement ne leur rendrait pas justice.
Pour finir, en ce qui concerne les traditions, nous réalisons que la douzième nuit de Yule était allouée à Holda. Curieusement, en Vieil Haut-Allemand, le nom de cette nuit est « perahtun naht » – ce qui signifie « la nuit lumineuse ». La connexion, aussi bien avec la déesse (dont un autre nom est « Perchta ») et l’idée générale de la célébration de Yule peuvent difficilement être des coïncidences.
Pour terminer, on pourra trouver intéressant sa connexion avec le sureau. Il a été mentionné plus tôt que de nombreuses sources la décrivent comme une déesse de guérison. En effet, on peut dire que le sureau est connecté avec Holda qui en Vieil Haut-Allemand se dit « holanthar ». Même en allemand moderne le mot « Holunder » ou « Holler » porte une certaine ressemblance. Le sureau était considéré comme un arbre sacré et ne pouvait être coupé sans une prière. Il n’était de surcroit pas semé mais on le laissait pousser par lui-même. Le sureau est encore utilisé en tant qu’ingrédient dans des recettes médicales naturelles dans de nombreuses régions d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse.
Hael à nos Dieux !
Hael au Rite !
Hael au Nouvel Eveil !
Category: DEITES



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