Le Grand Vol – Partie 1

| April 1, 2012 | 0 Comments
Le Grand Vol – Partie 1
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Par Wayne W. AOR

Le Vieil Homme était assis au coin du feu, la chaleur atténuait les douleurs de ses os endoloris. Dans l’autre pièce, les voix se taisaient, essayant de ne pas le déranger. Il était vieux et au plus profond de lui il savait que son heure était proche. Il lui restait peut-être encore une année ou deux. Ce n’était pas quelque chose qu’il craignait ou qu’il redoutait, il avait vécu une bonne vie. Il avait vécu et vu ses enfants grandir, devenir honorables et forts. Il avait vu ses enfants avoir leurs propres enfants. À bien des égards, il était content de la vie et de la mort. La mort est une partie inévitable et nécessaire du cycle de la vie, et sa mort servirait, comme il lui avait été prédit il y a plusieurs années, à atteindre un but. La mort le mènerait à des retrouvailles avec ses frères d’armes qui étaient partis avant lui. Il reverrait de vieux camarades et pourrait parler du temps passé. Le plus important est qu’il serait réuni avec sa femme, qui était décédée il y a quelques années. Cela avait laissé un trou si grand dans sa vie et dans son cœur que, parfois, ce trou menaçait de l’engloutir. Il s’ennuyait de son sourire, de son toucher, de son odeur, mais surtout il s’ennuyait de son rire.

Des rires émanant de l’autre pièce le tirèrent de ses rêveries. Perdu dans ses pensées, il avait failli glisser dans le sommeil. Ce n’est pas la façon dont un bon hôte doit agir, mais l’âge a ses avantages comme ses défauts, il lui avait été ordonné d’aller se reposer pendant que sa famille nettoyait la table de la fête qui venait de se terminer. Il pouvait entendre les jeunes qui jouaient avec les cadeaux qu’ils avaient reçus, et le bruit des casseroles et des assiettes que les adultes nettoyaient. Cela faisait une année qu’il n’y avait pas eu une telle réunion de famille dans sa maison. C’était dommage que cela ne se produise qu’à cette époque de l’année à présent. Mais le monde moderne gardait sa famille bien occupée, parfois trop occupée pour prendre du temps les uns pour les autres.

Ce n’était pas qu’il se sentait seul, il avait une vie emplie de souvenirs pour lui tenir compagnie et il n’avait jamais vraiment été seul. Il voulait juste que les gens de sa famille soient plus fréquemment en contact les uns avec les autres. Et non pas le genre de contact provenant d’un échange d’emails ou de SMS. La famille allait être très importante dans les temps à venir. Il était assez âgé et avait vu assez de choses pour savoir que des temps difficiles allaient venir. L’époque moderne a apporté de nombreuses merveilles, mais tant de sagesse a été perdue dans la quête de cette connaissance nouvelle. Il craignait que les vérités simples qu’un peuple a besoin d’avoir dans les temps troublés pourraient bien être perdues lorsqu’ils réaliseront qu’ils en ont besoin. Pourtant, il connaissait bien les avantages de certaines de ces inventions modernes. Il vivait à 20 miles de la ville la plus proche, et le téléphone pouvait être une “ligne de vie” en cas de besoin. Si seulement il pouvait convaincre sa famille que dans les villes de « modernité et de miracle » ils ne trouveraient que maladie et désespoir, les convaincre de revenir à la campagne, il serait plus que content. Le prix à payer pour avoir droit aux bénéfices d’une vie moderne était souvent trop lourd.

Si seulement il pouvait leur faire voir qu’il est possible d’adopter les aspects utiles de la vie moderne, tout en restant en contact avec la nature et en ne transigeant pas sur ce qui vous est cher alors peut-être qu’il pourrait leur donner une longueur d’avance pour les temps troublés à venir. Ils devaient comprendre que parfois le seul moyen de faire des progrès est de faire quelques pas en arrière et de se réaligner dans le sens de la marche. Le chemin direct et facile n’est presque jamais celui qui vous emmène là où vous voulez aller.

Il avait une grande foi dans ses enfants. Ils étaient forts l’un pour l’autre lorsque le besoin se faisait sentir, mais l’esprit de famille s’était perdu dans son ensemble. Trop peu d’entre eux pouvaient se tenir sous le ciel étoilé et voir les merveilles intemporelles et la sagesse qui s’y trouvaient. Trop peu d’entre eux honoraient leurs ancêtres et les sacrifices qu’ils avaient consentis. Trop peu d’entre eux étaient prêts à se tenir épaules contre épaules avec leurs camarades en cas de besoin. Trop peu d’entre eux avaient compris qu’une vie simple et bien vécue répondrait à tous leurs besoins si ils étaient prêts à mettre le temps et à faire des efforts. Trop de jeunes veulent tout, tout de suite, et avec le moins d’efforts possible. Trop de jeunes sont prêts à courir la terre pour l’or et le poison qui nous attire tous. Trop de jeunes ont suivi les voies des hommes d’autres peuples ne tenant rien d’autre que le mépris et la haine pour leur famille, leurs croyances et leurs coutumes. Même parmi ses petits-enfants, ce malaise commençait à prendre racine. X-Factor par-ci, Twitter par-là, Facebook ici. Une vie vécue par procuration à travers les humiliations publiques des autres. Ce n’est pas ce qu’un peuple fier doit être, ce n’est pas comme cela qu’un peuple d’honneur doit agir.

Seul le Garçon semblait totalement à l’abri de ce malaise. Peut-être était-ce sa jeunesse, il était encore doué d’émerveillement envers la nouveauté. Pour lui les bois et les collines étaient encore des lieux d’aventure, des lieux où apprendre et grandir. Le monde ne représentait aucun danger pour le Garçon, ce n’était pas la bravoure du bon sens, mais la bravoure de l’esprit curieux: l’esprit qui cherche à comprendre plutôt qu’à expliquer. Il contemplait sa tasse, se demandant s’il devait parler au Garçon du “Grand Vol”. Mais est-ce que quelqu’un de si jeune pouvait porter un fardeau si énorme? Il avait assumé ce fardeau toute sa vie, sa femme avait partagé cette charge à des moments, comme l’avait fait beaucoup de ses frères et de ses soeurs d’armes, mais ils étaient décédés aujourd’hui. Ils avaient pris leurs places dans les salles de fêtes, et même si il pouvait encore voir leurs visages, entendre leurs rires et leurs conseils, il était seul. L’histoire du Grand Vol devait être transmise. Elle serait nécessaire dans les temps à venir, et ceux qui viendraient après les troubles auront besoin de la connaître pour éviter de faire à nouveau les mêmes erreurs.

Le grincement de la porte l’avertit de la présence d’une autre personne. Le Garçon passa furtivement par la porte entrouverte. Cette pièce était presque un sanctuaire, très peu de gens passaient encore du temps ici. Le Garçon regardait autour de lui avec émerveillement. Comme le font tous les enfants dans de tels lieux. Les murs étaient ornés de peintures et de photos, il y avait aussi quelques armes, anciennes et modernes. Mais c’était toujours les trophées de chasse qui fascinaient le plus les jeunes: les têtes de cerfs de sa jeunesse. Il n’avait jamais chassé pour le sport, ce n’était pas sa façon de faire. Il avait toujours consommé la viande et utilisé la peau. Il avait rarement utilisé la tête comme trophée. Il l’avait fait uniquement quand la chasse avait été spéciale, lorsqu’il avait ressenti le lien entre le chasseur et le gibier. Il avait toujours remercié la proie, loué sa noblesse, sa vitalité et sa grâce. Il avait gardé les anciennes pratiques vivantes, comme si elles étaient une partie de lui-même, en effet elles l’étaient.
Il feignit d’être assoupi afin de pouvoir observer le Garçon. C’était une chance de pouvoir l’observer dans cette pièce emplie de symbolisme et de savoir, de voir si il était prêt pour le récit du Grand Vol. La seule lumière venait du feu ouvert qui jetait des ombres en constante évolution contre les murs. La salle était remplie d’un parfum étrange, un parfum de sagesse, de connaissance et d’ancienneté. Les livres sur les étagères de la petite bibliothèque située à une extrémité de la chambre avaient pris au fil des ans leur propre odeur: un mélange d’odeur de papier et de cuir. La fumée du feu apportait une odeur de pin et par respect pour la période de l’année, de frêne. Le plancher était en chêne et il apportait une odeur supplémentaire à la pièce. Ici et là, des tapis contribuaient à égayer la pièce. Un tapis en peau de renne était placé entre les deux chaises en face du feu. Il dégageait une odeur chaude de cuir et de fourrure qui rajoutait une autre couche de mysticisme sensorielle à la salle. Cela n’était pas fait sans raison. La pièce était un lieu de la mémoire, un endroit où il venait lorsqu’il sentait l’appel des anciennes voies, d’un autre monde perdu dans le temps. Il venait ici pour être parmi les esprits de ses amis et de sa famille. À bien des égards toute la salle était un autel dédié à un mode de vie qui touchait à sa fin.

Le Garçon était prudent, ce qui est toujours un bon signe. Il marchait doucement dans la pièce, prenant garde de ne rien heurter dans l’obscurité. Le nez du Garçon se plissait comme s’il s’évertuait à capturer les nouvelles odeurs et le goût de la pièce. Il se détendit presque instantanément, comme s’il avait analysé les odeurs mais n’avait rien trouvé d’alarmant. Il regarda autour de lui avec émerveillement alors que les ombres dansaient sur la vie de souvenirs qui ornaient les murs. Des photos de personnes qu’il n’avait jamais connues, d’endroits où il n’avait jamais été. Le Vieil Homme regarda les yeux du Garçon qui parcouraient les murs, dardant de ci de là. Le Garçon était comme un animal sur le point d’entrer dans une clairière à l’intérieur d’une forêt, prenant autant d’informations que possible. Le Vieil Homme était content. Durant quelques secondes les yeux du Garçon se fixèrent sur les armes pendues au-dessus de la cheminée. Il contint son envie de se rapprocher, car cela l’aurait amené près du Vieil Homme et il ne voulait pas le déranger.

Le Garçon observait les trophées et il se mit prudemment sur la pointe des pieds pour les voir de plus près. Le Garçon se tenait devant les trophées, levant les yeux, s’imprégnant de leurs moindres détails. Puis, à la grande surprise du Vieil Homme, le Garçon hocha la tête avec respect et regarda les trophées durant encore quelques secondes, puis se détourna et quitta lentement la salle. La pièce était à nouveau calme, le Vieil Homme s’endormit. Son sommeil fut troublé par des rêves qu’il ne comprenait pas.

Des visages qu’il avait de la peine à reconnaître pullulaient autour de lui. Ils lui disaient quelque chose, quelque chose d’important, mais qu’il ne pouvait pas entendre. Il entendait une voix, peut-être sa femme, qui l’appelait, l’enjoignant à la suivre. Et il voulait tellement la rejoindre pour être à nouveau avec elle. Ensuite une voix profonde, comme la voix du tonnerre, lui dit quelque chose d’important mais de difficile à entendre: il ne pouvait pas encore être réuni avec sa femme, il avait encore du travail à faire. La voix qu’il entendait était-celle de son “Soi Supérieur”. Son sommeil ne fut plus troublé. Il savait, comme il l’avait toujours su, qu’il devait faire ce qui devait être fait. Ainsi en va le monde. Il était de son devoir de transmettre l’histoire du Grand Vol. Il était de son devoir de s’assurer que la prochaine génération soit consciente des erreurs du passé. Il ferait son devoir. Les esprits de ses ancêtres l’exigeaient, les esprits de ses enfants à naître y aspiraient et son honneur n’accepterait rien de moins.

Une main douce se posa sur son épaule et le réveilla. Il leva les yeux et vit sa fille aînée, elle était habillée pour l’extérieur. Ils se préparaient pour une marche après avoir dîné, mais le garçon ne voulait pas y aller. Il voulait rester avec le Vieil Homme et sa fille lui demandait s’il était d’accord. Il hocha la tête. Elle sourit et se pencha pour embrasser son front et le remercia.

Le garçon entra et commença à regarder autour de lui avec plus de confiance. Il se dirigea vers la bibliothèque et prit un livre. Puis il se déplaça vers le feu et s’assit sur la chaise en face du Vieil Homme. A la lumière vacillante du feu, il commença à feuilleter le livre. Le Vieil Homme vit que c’était une ancienne version des “Norse Stories, Retold from the Eddas” par Hamilton Wright Mabie. Il se souvint qu’il avait souvent lu se livre à ses enfants lorsqu’ils étaient plus jeunes. C’est à partir de ce livre qu’ils avaient appris les histoires d’autrefois, les histoires des Dieux et des Déesses, d’Heimdall, d’Odin de Balder, d’Idun, de Nanna, de Frigga et de bien d’autres Dieux. C’était un très bon livre pour le Garçon.

Le temps semblait s’étirer et il fallut du temps au Garçon avant qu’il ne finisse le livre. Il se leva et alla le replacer sur l’étagère, puis il revint s’asseoir. Le Vieil Homme décida que le moment était venu. Ce serait maintenant ou jamais, et ce ne pouvait être jamais. Le feu crépitait alors que le bois brûlant se transformait en cendre et la salle sombra un peu dans l’obscurité. Le Vieil Homme alla chercher quelques buches et les ajouta au feu. Elles vacillèrent en s’embrasant et la salle fut à nouveau éclairée et remplie de l’odeur du bois de frêne qui brûle.

Il s’assit, se pencha en avant et commença. Le Garçon se pencha lui aussi en avant, comme s’il savait déjà que les paroles qui allaient être prononcées étaient pour lui et lui seul. Et à la lumière vacillante de l’année mourante, le Vieil Homme raconta au Garçon l’histoire du Grand Vol.

*
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« Nous les avions rencontrés avant, les Imposteurs. Nous les avions rencontrés lors de nos voyages dans les Terres du Sud. Nous les avions vus dans la Vieille Ville aux Sept Collines, et au-delà. Ils nous avaient menti à nous, ceux des Terres du Nord. Ils avaient raconté que nos Dieux étaient de faux Dieux. Ils les avaient appelés démons et ils nous avaient expliqué que leur Dieu unique les détruirait. Déjà, ils régnaient sur une grande partie des Terres du Sud. Mas ce n’était pas leur maison, ils étaient venus de lointaines terres désertiques. Leurs mensonges se propageaient rapidement et même si la Vieille Ville aux Sept Collines avait eu autrefois des sanctuaires dédiés à de nombreux Dieux, ils se tournèrent bientôt vers l’Eglise du Dieu Usurpateur. Mais même alors, dans des endroits calmes et loin des villes, les Anciennes Traditions perduraient. Les gens de nombreuses tribus différentes rendaient encore honneur à leurs propres Dieux et Déesses ».

« Cela irritait les Prêtres-Esclaves du Dieu Usurpateur et il les envoya convertir les gens de notre Folk à son culte. Des guerres eurent lieu, beaucoup de personnes moururent mais comme les Anciennes Voies étaient encore honorées, la confiance sacrée entre le Folk et les Dieux était demeurée. Nous continuions toujours à remercier la proie tombée à la chasse, nous lui donnions « le Rite du Dernier Repas » pour les aider dans leur dernier voyage. Nous continuions à enterrer « la Mère Maïs » dans les champs pour compenser la récolte. Nous marquions les Quatre Quartiers de l’année avec les différentes fêtes célébrant le cycle de l’année. Notre voie n’était pas une voie des jours saints comme celle que les Prêtres-Esclaves prêchaient. La nôtre était une façon de vivre où chaque jour était sacré car nous le partagions avec les dieux. Nous n’avions pas besoin de nous agenouiller et de prier. Nos prières, si tant qu’elles étaient telles, avaient pour but de nous aider dans les tâches que nous avions à mener à bien chaque jour, pour s’assurer que nous serions prêts pour demain, et le lendemain, et le jour d’après.

Nous avons donc résisté, et nous nous sommes battus si nécessaire. De nombreuses bonnes personnes ont été perdues dans la bataille. Mais certaines personnes ont suivi le Dieu Usurpateur, ils tournèrent le dos aux anciennes voies, parfois volontairement, mais le plus souvent après avoir été forcés ou soudoyés. Ceux qui l’avaient fait volontairement l’avaient souvent fait car s’agenouiller devant le Dieu Usurpateur leur avait donné accès à la richesse, au pouvoir et à des alliés politiques. Dans les périodes de turbulences et de luttes, de telles choses étaient très appréciées; malheureusement, certains leur accordaient plus de valeur qu’à l’honneur. Ceux qui l’avaient fait à contrecœur, l’avaient en général fait parce qu’ils avaient été forcés sous peine de mort, ou car leurs lieux sacrés avaient été volés et souillés par les Prêtres-Esclaves et les traîtres qui les suivaient. Il y a 1300 ans, l’imposteur Wynfrith (Boniface de Mayence) se rendit chez les gens de Frankia, et là il commit un crime qui a fait que son nom sera à jamais synonyme d’infamie. Par tromperie, mensonge et trahison, il réussit à se rendre auprès du Chêne dédié à Donar et avec une hache il abattit cet arbre ancestral. Beaucoup de souvenirs de la terre ont été perdus avec cet acte immonde: les arbres sont la mémoire de la terre pour ceux qui peuvent voir. Puis il prit le bois de ce grand arbre et il l’utilisa pour construire une église pour le Dieu Usurpateur. Ils ont volé notre site le plus sacré, et en ont fait une église pour le Dieu Usurpateur. Mais ce n’était pas le Grand Vol, cela devait venir plus tard ».

« Les ondulations de cet acte immonde ont été ressenties fortement et très loin à travers la Grande Toile qui nous relie tous. Nous avons ressenti la douleur et l’angoisse de la terre et des gens qui ont vu détruire leur symbole le plus sacré. Le résultat le plus direct de cet acte immonde fût que les uns s’opposèrent aux autres. Ceux qui tenaient aux anciennes traditions devinrent de plus en plus déterminés à les préserver, et certains ont même juré de reprendre les terres et les lieux sacrés qui leur avaient été volés. Mais ceux dont la foi n’était pas si forte trouvèrent plus facile de tourner le dos aux anciennes traditions et préférèrent s’agenouiller devant l’autel comme les esclaves du Dieu Usurpateur. Certains virent la chute du grand Chêne comme un signe que le Dieu Usurpateur était plus fort que nos Dieux et nos Déesses. Quelques-uns dirent que c’était finalement un cycle nécessaire qui apporterait ce qui avait été prédit il y a plusieurs années, mais il y eut seulement quelques personnes qui y prêtèrent attention et qui y crurent. En faisant cela, ils volèrent notre continuité et dans certains cas, notre espoir. Mais ce n’était pas le Grand Vol, cela devait venir plus tard ».

L’influence des Prêtres-Esclaves du Dieu Usurpateur se répandit comme une maladie. Au début peu de personnes prêtaient attention à leurs paroles. Mais souvent c’était des nobles et des seigneurs qui le faisaient. Ils soutenaient qu’en faisant des alliances avec d’autres seigneurs qui s’étaient tournés vers le Dieu Usurpateur, ils seraient en mesure de garder leurs populations à l’abri des invasions et des guerres. Mais les guerres et les invasions étaient encore partout. Peu de personnes pouvaient vivre tranquillement sans subir l’un ou l’autre de ces deux fléaux. Le Dieu Usurpateur exigeait des impôts de la part des seigneurs et des nobles, qui en retour percevaient leurs impôts auprès de leurs gens, gens qui pour la plupart étaient encore fidèles aux Anciennes Traditions. Mais les richesses accumulées pas les Prêtres-Esclaves leur garantissaient un grand pouvoir. Ils volaient nos richesses à travers les impôts. Mais ce n’était pas le Grand Vol, cela devait venir plus tard ».

Ils utilisèrent cette richesse pour un vol encore plus grand. Ils corrompirent des hommes qui étaient autrefois nobles et honorables afin qu’ils trahissent leur Folk. Ils dépensèrent de l’or pour acheter des informations ou des faveurs. Pris individuellement, ces agissements n’avaient pas une grande importance, mais mis ensemble ils furent terriblement dommageables. Ils montèrent des frères contre des frères avec de l’or. Ils achetèrent les terres où se trouvaient nos lieux sacrés. Ils achetèrent les pays ! Comme si Mère Jorth était quelque chose que l’on pouvait acheter, dépecer en parcelles et dire c’est à moi. La propriété terrienne est considérée à présent comme étant quelque chose de normal, mais à cette époque c’était un concept totalement étranger. La Terre était tenu par le Folk pour le Folk. Pour utiliser une sagesse que nous avons apprise d’un autre Folk, nous devrions tous comprendre que nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons pour nos enfants. Comment pourrions-nous posséder quelque chose d’aussi majestueux et intemporel que notre Terre-Mère? Ce n’est pas une relation de propriété et de domination, c’est une relation d’interdépendance. La Terre-Mère nous offre beaucoup de choses et en retour, nous lui fournissons une protection et, plus important que tout, du respect. L’Imposteur nous vola notre terre et quand sa corruption fut un succès, il nous vola notre honneur. Mais ce n’était pas encore le Grand Vol, cela devait venir plus tard ».

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Le Vieil Homme s’arrêta un instant, quelque chose avait changé, il y avait une froideur dans l’air qui n’était pas là auparavant. Il se leva, alla à la fenêtre, écarta le rideau et jeta un regard à l’extérieur. Ce qui avait été un glorieux et brillant ciel d’hiver lumineux se transformait en un ciel nuageux et enneigé. Le ciel semblait en colère et la neige commençait à tomber abondamment. Il espéra que sa famille n’était pas partie trop loin. Il serait sage pour eux de prendre la direction de la maison. Quand le temps était comme ça, il pouvait tourner rapidement. Il laissa le rideau ouvert, retourna à sa chaise, et continua son récit.

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« Au début, les Prêtres-Esclaves nous permirent de nous rendre à nos sites sacrés pour célébrer nos Anciennes Voies, à conditions qu’ils soient présents. Ils contrôlaient les terres sur lesquelles se trouvaient nos lieux sacrés, mais ils ne contrôlaient pas nos cœurs. Mais ils étaient les imposteurs et ils savaient qu’une grande tromperie prenait du temps. Cela leur pris de nombreuses années, de nombreuses générations pour mettre en place cette vaste illusion. Au début, ils voulurent uniquement être présents durant nos cérémonies. Ensuite ils insistèrent pour qu’une petite prière soit dite pour remercier le Dieu Usurpateur de nous laisser utiliser nos sites sacrés. Nous devions remercier un voleur de nous laisser utiliser une propriété qu’il nous avait volé ! Puis ils nous ont dit qu’eux seuls pouvaient mener à bien les rites, que le Dieu Usurpateur avait décrété qu’eux seuls étaient habilités à agir en tant que prêtres sur “ses terres sacrées”. Puis ils construisirent des églises sur ces lieux sacrés et les cérémonies n’eurent plus lieu à ciel ouvert avec le monde autour de nous. Ce fut une grande erreur car cela nous sépara de la terre et de la nature à un moment où nous avions besoin que cette relation soit forte. Leurs bâtiments piégeaient l’énergie de nos cérémonies et l’empêchaient d’atteindre les Dieux et les Déesses, mais cela nous ne l’apprîmes que beaucoup plus tard. Chaque génération dut renoncer un peu plus aux Anciennes Voies et accepter un peu plus des traditions du Dieu Usurpateur. Ils s’approprièrent nos plus grands rites et les transformèrent pour l’adoration du Dieu Usurpateur. Les Prêtres-Esclaves tinrent de grands conseils dans la vieille Ville aux Sept Collines et ils prirent nos fêtes les plus sacrées pour en faire les leurs. Comment purent-ils le faire avant leur arrivée sur nos terres? Parce que avant la venue du Dieu Usurpateur, les Folk du monde entier avait tout comme nous leurs propres traditions. Ils appelèrent leurs Dieux et leurs Déesses avec des noms différents mais le but était le même: construire entre l’homme et les dieux une relation qui permettrait à l’homme de vivre en harmonie avec les cycles naturels de la Terre-Mère et de l’univers, et ce faisant, aider à la protéger pour les générations futures. Partout dans le monde, les gens avaient compris cela au niveau le plus profond. Les jours sacrés s’accordaient avec les cycles naturels du monde et l’univers, et même si nous avions des noms différents pour nos rites les plus sacrés, ceux-ci servaient un but similaire et ils avaient lieu le même jour. Les Prêtres-Esclaves du Dieu Usurpateur avaient déjà détruit les Anciennes Traditions de tellement de peuples lorsqu’ils vinrent dans les Terres du Nord. Ils savaient comment faire au mieux pour atteindre leurs objectifs ».

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Category: POESIE ET LITTERATURE

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