Le Grand Vol – Partie 2

| April 14, 2012 | 0 Comments
Le Grand Vol – Partie 2
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Par Wayne Ward AOR

Au dehors le ciel s’était encore obscurci et la neige tombait abondamment maintenant. Le Vieil Homme se leva à nouveau et regarda par la fenêtre. Il ne voyait aucun signe de sa famille, et la ligne des arbres à quelques centaines de mètres était à peine visible à travers la neige qui tombait. Il cru entendre le bruit du tonnerre au loin. Le tonnerre ! Avec la neige cela ne pouvait que signifier qu’il fallait s’attendre à un très mauvais temps pour les prochaines heures. Il espérait que sa famille avait pris le chemin du retour vers la maison. Le jour baissait et le temps tournait définitivement. C’était presque comme si le temps reflétait la colère qu’il éprouvait à l’intérieur de lui. Cela faisait longtemps qu’il racontait l’histoire du Grand Vol, et cela le mettait toujours en colère de le faire. Il secoua sa tête pour dissiper ses idées de son esprit et retourna à sa chaise. Le Garçon rajouta quelques bûches dans le feu.

« Chaque jour est sacré pour nous, chaque jour nous faisons ce que nous avons à faire et bien que nous n’utilisions jamais ce mot pour décrire les choses, notre travail devient une sorte de prière. En faisant bien nos tâches quotidiennes et avec de bonnes intentions, nous réaffirmons notre connexion avec les autres et avec nos Dieux. Il en allait de même pour nos ancêtres, mais ils vivaient de manière plus immédiate: s’ils faiblissaient dans leurs tâches quotidiennes, cela pouvait signifier la mort. Le manque de nourriture voyait des gens mourir de faim pendant l’hiver. Les maisons mal construites voyait les personnes être exposées plus durement aux éléments. Un bateau mal construit pouvait provoquer la mort d’un grand nombre de personnes. Cette immédiateté n’est plus si forte dans le monde moderne, mais elle pourrait rapidement le redevenir ».

« Mais nous avions également des jours d’une importance particulière supplémentaire: des jours où nous déployions un effort supplémentaire spécial pour affirmer notre relation avec les Dieux et avec la nature. Certains de ces jours changeaient selon l’endroit où vous vous trouviez. Des gens différents célébraient des jours différents, cela en fonction des particularités locales. Un Folk vivant en bord de mer pouvait avoir une journée spéciale pour célébrer le retour du poisson. Un Folk vivant dans les régions boisées du Nord pouvait célébrer la maturation d’une certaine sorte de baies. Mais l’intention était la même, remercier la nature et les Dieux pour une récolte fructueuse et réaffirmer le lien intrinsèque entre l’homme et la terre ».

« Au printemps, au moment de l’équinoxe de printemps, nous célébrons le rite d’Ostara, l’aube du printemps. C’est un temps de purification, de renaissance de la nature et une période dédiée à la Déesse Freyja. La chaleur du soleil se réveille, après ces temps de sommeil, les jours s’allongent favorisant ainsi la croissance. Alors que le monde autour de nous croît, nous faisons de même. Si nous avons été de mauvais agriculteur à ce moment de l’année, nous n’aurons pas assez de fruits, de légumes ou de céréales pour passer l’hiver. Ceci est au cœur de notre relation avec les autres et avec la terre. C’est quelque chose que nous oublions à nos risques et périls : néanmoins de nombreuses personnes semblent l’avoir oubliée de nos jours ».

Ce coup-ci, ce fut le Garçon qui se leva pour regarder par la fenêtre. Même si le temps n’avait pas empiré, le ciel était devenu plus sombre alors que le jour touchait à sa fin. Le Garçon semblait quelque peu inquiet mais il essayait de ne pas le montrer. Après avoir regarder pendant une bonne minute le paysage enneigé, il se retourna et regagna sa chaise près du feu.

En été, nous avons le Solstice d’Eté. Le plus long jour de l’année, le jour durant lequel le soleil a le plus d’influence sur la terre. Après cela les jours commencent à raccourcir. Mais pour le moment nous célébrons le soleil dans toute sa gloire et nous célébrons Balder, le Dieu Brillant. Il s’agit d’un moment où nous célébrons les promesses de l’avenir. Nous nous réunissons pour prêter les serments qui renforceront notre Folk dans les temps à venir. La mort de Balder a apporté le premier Grand hiver, mais ici nous célébrons la promesse de son retour et la refonte et la renaissance du Folk du Nord. Nous célébrons le brillant futur à venir, lorsque nous auront accompli nos tâches.

« En automne nous avons l’Equinoxe Automnale, le second jour de l’année où le jour et la nuit sont de même longueur. C’est une période cruciale et centrale de la vie. Le soleil commence à perdre de son pouvoir sur la terre. La vie se dépêche de rassembler ses forces pour l’hiver prochain, les fruits de la terre mûrissent pour la récolte. Il y avait de nombreux rites variés et des fêtes pour symboliser le sacrifice, la terre qui nous offre sa générosité. Durant certaines fêtes une “poupée de maïs” était fabriquée à partir de la récolte de l’année précédente, puis elle était enterrée dans le champ de maïs, retournant à la Terre Mère pour la remercier de sa générosité et pour atténuer la douleur de la récolte à venir. Alors que l’été meurt, nos pensées se tournent à nouveau vers le Dieu Brillant, Balder. Nous l’honorons ainsi que le sacrifice qu’il a fait. Dans certaines régions, il se peut que ce fut la période de l’année pour dissoudre formellement les serments et les contrats, de manière à le faire sans faire honte à son peuple».

« Entre l’Equinoxe d’Automne et le Solstice d’Hiver, nous avons ce qui était peut-être pour beaucoup de gens la plus importantes des fêtes. C’est une période durant laquelle nous nous rappelons de nos ancêtres, ceux qui étaient là avant nous et qui nous ont montré le chemin. Ceux qui sont morts dans des conflits, tout spécialement en protégeant le folk, en défendant et en préservant nos traditions. Mais nous n’honorons pas uniquement les guerriers. Car le concept de guerrier est à bien des égards un concept vide de sens à moins qu’il n’ait quelque chose à aimer, à défendre et pour laquelle se battre: sa femme, ses enfants, sa maison, son Folk, sa foi et son mode de vie. Toutes ces choses sont également honorées, car sans elles non seulement le guerrier n’a aucune raison de se battre, mais il n’aurait même jamais existé.

« En hiver, nous avons Yule. Cette fête marque la fin d’une année et le début de la suivante. Elle marque le jour le plus court de l’année, après quoi les jours cessent de raccourcir et commencent à s’allonger. Elle est symbolique de la renaissance et à travers cette association, elle est un moment sacré pour toutes les mères. A l’origine cette fête durait plusieurs jours: à un moment de l’année durant lequel peu de choses pouvaient être faites à cause des conditions climatiques, il était vraiment très approprié d’avoir de telles festivités. C’était un temps où les familles et le Folk se réunissaient et s’échangeaient des cadeaux en gage de bonne foi les uns pour les autres. Il était de tradition de brûler une Bûche de Yule, une énorme bûche qui restait des jours dans le foyer des grandes salles. Les nobles et les gens du commun se réunissaient comme des égaux. En effet de nombreuses cultures voyaient cette période de l’année comme un moment où les barrières sociales étaient affaiblies: peut-être parce que durant ce moment le plus dure de l’année, tout le monde était tributaire de l’aide de tout le monde car ils avaient travaillé et célébré, ensemble».

Le vieil homme retourna à la fenêtre. Il avait besoin de quelques instants pour calmer son esprit. Comme toujours le fait de parler des Anciennes Voies avait apporté la paix dans son cœur et son esprit. Mais il avait besoin de tempérer cette paix, de l’enfermer, de la cacher et de ne pas lui permettre d’adoucir son cœur car il abordait la dernière partie du récit du Grand Vol. Au dehors, la tempête s’était un peu calmée, la neige tombait moins fortement et le vent était tombé. Le soleil était presque caché derrière les arbres et la lumière avait maintenant une splendeur presque surnaturelle. Le soleil couchant était clair et orange, à peine visible entre les nuages sur l’horizon et la forêt voisine. La lumière était réfléchie par les millions de flocons de neige et l’air lui-même semblait rayonner. C’était le calme avant la tempête. Il espérait vraiment que sa famille était proche de la maison à présent. Il serait dangereux d’être surpris dehors et d’être pris dans la tempête lorsqu’elle éclatera. Il entendit un grondement de tonnerre provenant des montagnes, une profonde plainte de colère. La tempête se réveillait.

Avant de retourner à sa chaise, le Vieil Homme alluma une petite lampe à huile et il la plaça près de la fenêtre. Sa lumière servirait à guider sa famille vers la maison alors que le soleil perdait sa bataille contre la nuit. Le Garçon regardait nerveusement le temps à l’extérieur. Il se blottissait dans son fauteuil, comme si la chaleur du feu pouvait le sauver de la colère refoulée qui se préparait au dehors. Le Vieil Homme savait au plus profond de son âme qu’il ne le serait pas.

« A présent tu connais nos cinq principales fêtes : quatre pour marquer la roue du temps qui tourne, le passage des saisons et le cycle naturel de la vie et de la mort, une pour honorer nos ancêtres et les remercier pour leurs sacrifices et leur sagesse. Quasiment toutes les cultures avaient de telles fêtes avant la venue du Dieu Usurpateur et de ses Prêtres-Esclaves ».

«Il y avait des moments difficiles à l’époque et la vie n’était pas un long voyage facile. Mais l’intégrité individuelle, la force communautaire et une meilleure compréhension de notre relation avec la Terre et avec les Dieux étaient expérimentés plus souvent qu’à présent par les gens. Mais les Prêtres-Esclaves, les Imposteurs, étaient rusés. Ils étaient malhonnêtes et au fil du temps, ils nous ont pris ses jours que nous considérions comme spéciaux ».

« Comme je l’ai dit plus tôt, ils ont lentement introduit les rites du Dieu Usurpateur au sein de nos rites. Puis ils ont lentement fait disparaître nos rites et nous nous sommes retrouvés avec rien d’autre que les mensonges des Prêtres-Esclaves et les dits du Dieu Usurpateur ».

Alors qu’il racontait la dernière partie du récit du Grand Vol, le vieil homme se sentait empli de colère, et même d’un peu de honte. La colère avait une source évidente, mais c’était un peu plus compliqué pour le sentiment de honte. Pourquoi devrait-il ressentir de la honte pour les actions des autres? Il n’avait jamais éprouvé de honte auparavant lorsqu’il racontait cette histoire. Mais ne partageait-il pas cette honte dans une certaine mesure? Le sang de ceux qui de nombreuses années auparavant, se sont retournés contre les Anciennes Voies est le même sang que celui qui coule dans ses veines. Ne devrait-il pas assumer une partie du fardeau de la honte et de la culpabilité tout comme la gloire et l’intégrité de ceux qui sont restés fidèles? Il sentit sa colère se renforcer avec la frustration qui lui venait de cette compréhension nouvelle.

Dehors, le vent commençait à s’accélérer, les chutes de neige augmentaient et le blizzard surgit, comme venu de nul part. Les vents tempétueux cachaient presque le bruit du tonnerre, mais pas uniquement. Ils cachaient également un bruit plus primaire que le tonnerre, quelque chose qui faisait vibrer chaque fibre du Vieil Homme. Cela lui transmettait un message qu’il avait toujours su qu’il recevrait un jour. Il espérait avoir le temps de finir son récit, il espérait que sa famille trouverait le chemin de la maison.

« Les Imposteurs portèrent leur plus forte attaque contre nos Voies sur les lieux et aux moments qui causèrent le plus de douleur, le plus de dégâts et le plus de perturbations. Ils nous volèrent la Fête de Yule. Ils affirmèrent que le fils du Dieu Usurpateur, le Charpentier Mourant, était né en notre jour sacré. Ils se débarrassèrent de l’association entre la naissance et la mère pour nous empêcher de nous rappeler qu’il s’agissait d’une fête pour la Terre-Mère. A l’époque moderne, ils ajoutèrent le Père Noël ou Santa Claus, même si cette figure est probablement basée sur celle d’Odin. Ils en firent un commerce, une frénésie de dépenses et de la culpabilité: le coût de ce que nous donnons en cadeau étant beaucoup plus importante que sa valeur. Ils ont volé notre lien spirituel avec la Terre-Mère, ils nous ont volé une célébration de la roue des années et des saisons. Et ceci est une partie du Grand Vol ».

La voix du Vieil Homme tremblait avec colère, ses mains tremblaient de rage et à l’extérieur la tempête croissait en intensité. Le Garçon regardait avec anxiété par la fenêtre. Le vent hurlait à travers le toit et par la cheminée, apportant une sensation de froid, de colère et d’effroi.

« Ils nous volèrent la fête d’Ostara, l’Aube du Printemps, affirmant que c’était le moment où le “Charpentier Mourant” ressuscitait des morts pour sauver le monde, comme s’il était le seul Dieu a avoir jamais ressuscité des morts. Ils tournèrent à nouveau une vénération du cycle sacré de la vie en une parodie d’elle-même. L’époque moderne en a fait une fête commerciale, comme elle le fait avec tout ce qui a un tant soit peu de valeur. Elle vend à nos enfants une mauvaise santé sous la forme de friandises. Ils nous volèrent une période sacrée dédiée à la fertilité et à la purification. Et ceci est une partie du Grand Vol».

« Il essayèrent de voler le Solstice d’Eté, mais pour les peuples du monde entier, c’était une des fêtes principales. Il leur fut difficile de mettre leurs griffes sur cette période de l’année. Aucune de leur propre tradition n’accordait beaucoup d’importance à cette période. Et donc, pour cette période où nos ancêtres prêtaient des serment qui les liaient les uns aux autres, les Imposteurs cherchèrent à nous rappeler ceux qui avaient trahi les anciennes voies. Il firent du 22 juin, le jour après le Solstice d’Eté, un jour dédié à St-Alban, le saint des convertis . Ils firent cela pour nous rappeler que le vol de nos Traditions n’aurait pas été possible sans ceux qui renièrent notre foi et s’agenouillèrent comme des esclaves devant le Dieu Usurpateur. En cela ils volèrent une part de notre fierté, une part de notre joie envers notre héritage. Et ceci est une partie du Grand Vol».
« L’Equinoxe d’Automne était souvent associé à des fêtes dédiées aux récoltes à venir ou achevées. Les Imposteurs essayèrent également de nous les voler. Parfois ils réussirent, mais parfois non. Ils ont réussi à associer la plupart des fêtes des récoltes avec le Dieu Usurpateur, à faire en sorte que les rites soient conduits par ses Prêtres-Esclaves. Mais là où ils ont réussi à le faire, ces pratiques étaient juste une continuation des anciennes voies et cela a permis de les conserver même si les gens les ont oubliées. La complaisance a volé notre vigilance, le temps a volé nos souvenirs et bien que l’on ne puisse pas entièrement blâmer les usurpateurs pour cela, ceci aussi est une partie du Grand Vol».

« Ils nous volèrent nos lieux sacrés, ils nous volèrent et corrompirent nos rites sacrés, ils nous volèrent nos fêtes, notre fierté, notre honnêteté, notre argent à travers les impôts qu’ils donnèrent à d’autres Usurpateurs pour qu’ils puissent encore faire plus de ravages et de destruction à l’encontre des anciennes traditions. Ils nous ont volé tant de choses, mais il y a une qu’ils nous ont volée et pour laquelle nous devons les remercier : notre naïveté ».

« Jamais plus, nous ne serons assez naïfs pour croire que, de permettre, même le plus petit des compromis avec les Usurpateurs est acceptable. Chaque petit compromis, chaque petite concession était comme un flocon de neige, individuellement ils étaient presque imperceptibles et il en était de même de leur effet sur les voies de notre Folk. Mais ensemble, ils furent comme une avalanche qui balaya notre foi; l’enterra sous une montagne d’illusions et de mensonges. Les Imposteurs du Dieu Usurpateur avaient presque gagné. Un vol de plus et le Grand Vol serait complet ». Comme si le récit sur la neige et les avalanches avait été un catalyseur, la tempête à l’extérieur atteignit un autre niveau de fureur, une fureur correspondant à celle faisant rage au fond du coeur et de l’âme du Vieil Homme. C’était comme si chaque flocon de neige était un ancêtre demandant réparation pour les crimes et les trahisons du passé. Le vent hurlait comme si un énorme loup appelait la meute à un festin. Pourtant, il portait également d’autres messages. Même si le tonnerre était assourdissant, il n’arrivait pas à cacher la voie de sa femme, il n’arrivait pas à cacher l’appel de ses frères. Il savait qu’il n’avait plus beaucoup de temps pour terminer le récit. Il savait qu’il devait terminer le récit même si cela signifiait qu’il n’aurait pas le temps d’aller chercher sa famille dans la tempête. Il espérait que la force qu’ils avaient suffirait.

« La dernière chose qu’ils essayèrent de nous voler fut nos rites pour nous souvenir de nos ancêtres. Les Usurpateurs savaient très bien que s’ils pouvaient briser notre lien avec le passé, si ils pouvaient rompre notre lien spirituel avec nos ancêtres alors la mémoire populaire se fanerait. Nous perdrions nos anciennes traditions à jamais et le Dieu Usurpateur aurait gagné. La chose horrible que nous devons tous nous rappeler c’est qu’ils furent vraiment prêts d’y arriver. Pendant de nombreuses générations les Anciennes Voies ne furent même plus un souvenir lointain pour beaucoup de nos gens. Ils prenaient part à des rituels et à des fêtes imprégnés dans des Anciennes Traditions, mais qui avaient été si bien déguisées en tant que rites dédiés au Dieu Usurpateur par les Prêtres-Esclaves que presque personne ne connaissait plus leur sens originel ».

« Ils volèrent notre connexion avec le passé et en faisant cela, pour beaucoup de personnes, il volèrent également le désir d’une vie plus simple mais meilleure. Ils volèrent notre compréhension qu’une vie vécue en harmonie avec les cycle naturels non seulement de la terre, mais aussi de l’univers, est une vie que l’on peut être fier de transmettre à nos enfants ».

« Ils nous ont volé notre identité, qui nous avait été transmises de générations en générations, et ce fut le plus Grand Vol de tous».

Le vieil homme était vraiment en colère à présent, pas contre le Garçon, mais contre les Imposteurs. Ils l’avaient forcé à raconter l’histoire au Garçon et c’était peut-être trop tôt pour lui. Le chemin sur lequel ils avaient conduit le monde des générations plus tôt touchait à sa fin. Le Temps des Troubles était sur lui, il devait terminer le récit. Cette urgence nourrissait sa colère et ses yeux reflétaient la lumière du feu, comme s’ils étaient des braises. Il pouvait voir que le Garçon était inquiet. Pas seulement à cause de sa colère, mais aussi à cause de sa famille qui se trouvait dehors dans la tempête. Une tempête qui semblait croître en fureur à chaque minute qui passait.

Le vieil homme se força à se calmer, à laisser le flux de sa colère passer. Il ne devait pas effrayer le garçon ou le récit pourrait être perdu et il était clair maintenant, qu’il serait bientôt nécessaire. La tempête était là.

Il chercha la main du Garçon et la pris entre les siennes. Il transféra une partie de son énergie au Garçon. Le Garçon se relaxa comme si cette énergie était une vieille amie le protégeant, et elle l’était. Le Viel Homme continua.

« Dans les coins les plus reculés du monde quelques descendants des ancêtres gardèrent peut-être quelques-unes des Anciennes Traditions vivantes, ou ils commencèrent à chercher un sens plus profond à ce que beaucoup d’entre nous peut ressentir mais n’est jamais tout à fait capable d’atteindre. La toile de mensonges tissée par les Imposteurs en service au Dieu Usurpateur a de multiples facettes. Beaucoup d’illusions doivent être brisées avant que tu ne puisses sortir de l’ombre du mensonge et voir le monde comme le faisaient nos ancêtres. Un monde de majesté, de beauté et de sagesse, un monde qui ne peut pas être pris pour acquis et qui ne peut pas être gaspillé. Tu dois te rappeler les Anciennes Voies, non pas parce qu’elles sont un moyen de revenir à un passé oublié depuis longtemps, mais parce qu’elles sont la voie à suivre pour un avenir brillant et lumineux. Un avenir où le Folk du Nord pourra à nouveau vivre en harmonie avec la Terre-Mère, libéré des mensonges des Imposteurs et des Prêtres-Esclaves au service du Dieu Usurpateur. Tu dois te bâtir un avenir où les nouvelles inventions te servent et non le contraire. Un avenir où une vie vécue en harmonie avec la Terre Mère ne signifie pas une vie de pauvreté mais une vie de générosité ».

« Seul toi peux le faire, nous qui étions là avant avons failli. Le Grand Vol nous a volé la Sagesse du Folk dont nous avions besoin et nous ne l’avons récupérée que bien trop tard. Je tai raconté cette histoire et tu dois t’en rappeler. Après le Temps des Troubles, tous devront la connaître, et alors seulement vous serez en mesure d’être libérés des Usurpateurs ».

Une rafale de vent ouvrit la porte de la salle. Elle portait avec elle la neige et un son porté par le vent. Un son que le Vieil Homme reconnaissait à présent pour ce qu’il était, qu’il avait toujours su ce qu’il était. Un son qu’il avait pourtant espérer ne pas entendre, ne jamais entendre. Mais le récit avait été raconté et son destin avait été scellé de nombreuses générations plus tôt.

Il pouvait entendre des voix soulagées dans le couloir, sa famille avait trouvé le chemin du retour, ils étaient certes essoufflés après avoir été exposés à la tempête. Mais ils avaient survécus, ils étaient assez forts. Le Vieil Homme alla dans le couloir et regarda sa famille. Il vit qu’ils étaient tous là pendant les vêtements d’hiver qui les avaientt gardé au chaud dans la tempête. Il regarda derrière lui dans la chambre, le Garçon était assis sur la chaise près du feu. Il était clairement angoissé par ce qui se passait de l’autre côté de la porte. Il regardait le Vieil Homme attendant un signe.

Le Vieil Homme sourit et hocha la tête, et le Garçon courut dans la salle pour saluer sa famille. Il embrassa sa mère et son père, ses frères et sœurs, ses oncles, tantes et cousins. Ils le tinrent près d’eux comme si c’était lui qui avait affronté la tempête, comme si d’instinct ils savaient qu’il était différent à présent, qu’il avait en quelque sorte été changé. Ils regardèrent le Vieil Homme à la recherche d’une explication.

Le vent hurlait et la tempête faisait rage. Aussi rapidement qu’il faut pour partager un coup d’œil, la Famille sut que le vieil homme devait s’en aller, qu’il devait les quitter pour aller vers son destin.

Une fois encore le Vieil Homme entendit le son, il en appelait à toutes les fibres de son être, à chaque parcelle de son âme, comme rien d’autre n’aurait pu le faire. Dans son cœur il était à la fois triste et heureux. Heureux car il allait bientôt accomplir son destin; triste que sa famille doive désormais se passer de lui. Il ne serait plus là pour voir le garçon accomplir le destin qui lui avait été fixé. Mais il avait accompli son devoir, le récit avait été raconté, ils étaient à présent protégés du grand Vol. Il sourit et dit : « écoutez le Garçon. Il connaît une grande histoire qui vous protègera dans les années à venir. Souvenez-vous en et évitez nos erreurs ».

Il se retourna et se dirigea ver la cheminée. Une fois qu’il l’eu atteinte, il prit une arme, son marteau Mjollnir. Le vent et le tonnerre ne pouvaient plus couvrir le son de Gjallarhorn. Ses frères l’appelaient pour qu’il les aide et il devait répondre à leur appel. Il était temps de payer le prix final du Grand Vol !

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Category: POESIE ET LITTERATURE

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