Odinisme, poésie et inspiration

| January 4, 2016 | 0 Comments

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Par Nicolas M. AOR

 

Une suite de jolies phrases rimant les unes avec les autres, un artiste maudit à la Baudelaire suintant la luxure et la drogue, des vers scandés par un jeune homme en-dessous de la fenêtre de son amante, la poésie peut prendre différente forme dans notre imaginaire. Pourtant à quoi sert la poésie dans notre société ? C’est une question intéressante à se poser lorsque l’on voit que c’est un art qui a traversé des siècles de notre ère et elle semble d’autant plus importante pour un odiniste quand on sait qu’Odin, le Père de tout, est à la fois le dieu de la sagesse et le maître de la poésie. Si notre but en Midgard est d’atteindre la conscience d’Odin, sa sagesse, est-ce que la poésie est l’un des moyens qui pourrait nous permettre de l’atteindre ? Dans tous les cas, cette question semble digne que l’on se penche dessus un instant. Durant ces quelques minutes, nous allons tenter de trouver la raison de cette importance dans notre fois, aussi bien sur le plan pratique que mystique.

Tout d’abord, penchons nous sur l’aspect pratique des vers dans la transmission de notre Foi. Nos mythes et coutumes sont issus d’une longue tradition orale, ce qui signifie qu’ils devaient être appris par cœur par ceux qui devaient les transmettre, comme les scaldes islandais à partir du IVème siècle. Effectivement, il est plus simple d’apprendre une série de phrases courtes, les vers, souvent de même longueur, composées de sons semblables et se répétant souvent, comme nous pouvons trouver dans des récits épiques du Moyen-Age, tel que la Chanson de Roland, ou dans la première partie du Havamal, pour citer un texte issu de notre répertoire sacré. Il est donc clair que le rôle de la poésie a un aspect pratique, mais est-ce son unique rôle ? Est-ce que cette fonction mnémotechnique est suffisante pour que l’art de Bragi soit l’un des attributs du Père des Dieux ? Personnellement j’en doute, et c’est d’ailleurs ce doute qui m’a poussé à prendre la poésie comme sujet de ce discours. Il est maintenant temps de partir à la recherche d’une autre explication.

Afin de commencer cette quête, il est important de partir sur des bases solides, nous devons donc définir ce qu’est la poésie dans le sens odinique du terme. Pour ce faire, citons un extrait de l’article Odin – Père de Tout, écrit par le Cercle d’Ostara :
« Odin est le maître de l’art magique de la poésie, cet art qui peut toucher notre partie intuitive par l’utilisation de mots. La magie de la poésie est l’utilisation magique des mots, l’expression de l’esprit magique, et le fait de les changer en des véhicules portant les connaissances mystiques en nous. L’art poétique est un don que nous a fait le Père-de-Tout. »
Nous pouvons tirer quatre éléments importants de cette définition : la poésie est liée à l’intuition, les mots ont un pouvoir sur nous, la poésie les utilise pour nous transmettre des connaissances mystiques et la poésie est un don d’Odin.

Dans son dialogue intitulé « Ion » traitant de la poésie, le philosophe grecque Platon donne à cet art les mêmes particularités que cette définition. Pour lui la poésie est tout d’abord une question d’inspiration divine et non artistique. Ce n’est donc pas un talent que possède le poète mais un pouvoir donné par quelque chose de plus grand que lui. Il illustre cette particularité comme un lien magnétique entre un aiment et des anneaux de fer. L’aimant symbolise les dieux et le premier anneau de fer collé à lui est le poète qui reçoit des connaissances par l’inspiration. Ainsi le premier anneau devient lui même aimanté et attire les autre anneaux à qui il envoie ces connaissances. Ces derniers anneaux sont les spectateurs ou lecteurs. Les poètes sont par conséquent des sortes de messagers mandatés par les dieux.
Platon met en évidence le côté intuitif et non rationnel de la poésie. Il compare les poètes aux corybantes, des hommes dansant lorsqu’ils perdaient la raison sous l’impulsion de l’inspiration divine. Cette particularité est très intéressante, car si la poésie ne touche pas la raison, elle touche donc une partie plus profonde de notre être, le subconscient. Et si la poésie à la volonté d’atteindre l’ensemble des hommes et femmes d’un même folk, car elle est issue de l’inspiration divine nous pouvons même en déduire qu’elle touche notre fond commun, notre subconscient collectif. Par cette déduction, la poésie serait donc la clé pour passer à travers la barrière filtrante de notre raison pour accéder à la base de notre être et en faire ressurgir les connaissances mystiques qui y sont enfouies.

Grâce à ce vieux dialogue philosophique, trois des quatre particularités tirées de notre définitions ont pu être un peu plus développées, imagées et comprises: soit l’origine divine de la poésie, l’importance de l’intuition et les connaissances qu’elle nous donne. Avant de continuer avec la dernière caractéristique, prenons un poète pour illustrer ces trois premières de manière plus concrètes. Pour ce premier ORF Moot, comment ne pas choisir l’un des plus grands géants littéraires de la langue de Molière ? Je veux bien sûr parler de Victor Hugo, père de la poésie romantique.
Avant de lire un extrait d’un de ses poèmes, il est important de parler un peu de cet homme et surtout de sa vision de la poésie et du divin. Hugo a été un homme croyant, très touché par la question spirituelle, mais également un homme contre l’institution de l’Eglise chrétienne. Sa vision du divin se trouvant partout dans la nature est très proche du panthéisme, c’est pourquoi il n’est pas difficile pour nous de se sentir toucher par ses textes malgré la présence du mot « Dieu » sans « x » et avec un « D » majuscule. Pour lui, le poète est celui qui voit autrement que le reste de ses compagnons, il voit plus loin. Le poète est également celui qui doit guider les autres en leur apportant cette vision nouvelle. Nous pouvons ainsi tout de suite faire un lien avec ce qui a été dit précédemment, le poète semble bien être celui qui transmet quelque chose de plus grand au reste de son entourage. Prenons alors un exemple. Celui-ci est tiré de son recueil « Les Contemplations », et plus précisément du chapitre « Au bord de l’infini » qui a pour caractéristique de traiter des sujets plus métaphysique que le reste de l’œuvre. Ce poème s’intitule « Les Mages », et je n’en lirai que les deux premières strophes (il en comporte en tout une septantaine soit 700 vers) :

Pourquoi donc faites-vous des prêtres
Quand vous en avez parmi vous ?
Les esprits conducteurs des êtres
Portent un signe sombre et doux.
Nous naissons tous ce que nous sommes.
Dieu de ses mains sacre des hommes
Dans les ténèbres des berceaux ;
Son effrayant doigt invisible
Ecrit sous leur crâne la bible
Des arbres, des monts et des eaux.

Ces hommes, ce sont les poètes ;
Ceux dont l’aile monte et descend ;
Toutes les bouches inquiètes
Qu’ouvre le verbe frémissant ;
Les Virgiles, les Isaïes ;
Toutes les âmes envahies
Par les grandes brumes du sort ;
Tous ceux en qui Dieu se concentre ;
Tous les yeux où la lumière entre,
Tous les fronts d’où le rayon sort.

Dès les premiers vers, il compare les poètes aux prêtres et leur donne au fond la même mission, transmettre une parole divine. Le divin écrit dans le crâne du poète « la bible des arbres, des monts et des eaux », soit une magnifique métaphore pour illustrer cet capacité à voir en la nature plus qu’une vision matérielle et physique mais quelque chose qui nous dépasse complètement.. je ne ferais pas ici une étude complète de ces deux strophes, mais avec une simple première écoute après le petit aspect théorique de tout à l’heure, il est aisé de voir ce lien entre poésie et divin. Je finirais la partie sur cet exemple avec les trois derniers vers :

Tous ceux en qui Dieu se concentre ;
Tous les yeux où la lumière entre,
Tous les fronts d’où le rayon sort.

La lumière, donc la vision du monde entre dans le poète grâce au don qu’il a reçu et développé, et le rayon sort de son front. Une référence plus que surprenante au troisième œil, rappelons nous qu’Odin en possède un ouvert également. La portée de cette poésie mérite certainement qu’on s’attarde un peu plus dessus mais laissons cela pour un autre discours ou article.

Le rôle du poète comme révélateur du monde se retrouve également dans une œuvre de Ramuz, pour citer un auteur Suisse romand, intitulé « Passage du poète » que je recommande à tous. Ce roman raconte l’arrivée d’un poète fabriquant de panier dans un village de vignerons bourrus. Avant qu’il n’arrive, les villageois qui travaillaient dur le faisait sans vraiment se rendre compte de leur actes, mais avec l’arrivée de ce poète leur vision du monde va soudainement totalement changer. Les vignerons arriveront enfin à exprimer ce qu’ils ont au fond d’eux et pourquoi ils sont fiers de leur travail, ils arriveront à mettre des mots sur leur vie, et à voir en cette vie quelque chose de plus grand qu’uniquement la survie. Cet exemple permet ainsi de faire la transition sur le dernier point que je voulais aborder, le pouvoir des mots.

Le poète a beau recevoir l’inspiration, il faut des mots pour pouvoir transmettre ce message, et les choisir sont parfois difficiles. La naissance de chaque mot remonte à très loin dans le temps, à des racines germaniques, latines, grecques, slaves qui représentent chacune des concepts, des idées. Certains mots touchent plus que d’autres, certains mots parlent à certaines personnes et pas à d’autres. Mais chaque mot est issu de mélanges d’idées, des idées qui viennent du plus profond de notre conscience et subconscient. Ce sont des clés qui permettent de comprendre ce que nous avons en nous, et pour illustrer cela prenons la psychanalyse. Le principe d’une psychothérapie est assez simple , un patient arrive troublé par une masse d’émotion qu’il n’arrive pas à maîtriser ni même à identifier. Durant tout le déroulement de la thérapie, le patient va parler, parler et encore parler, de ce qui lui vient en tête, ce qu’il a vécu entre deux rendez-vous etc. Et au bout d’un certain temps, un ordre va être fait dans le tas qui ronge son esprit, il va comprendre certaines choses, faire des liens, et des mots vont être mis automatiquement sur ces idées. Ainsi il peut avancer car l’inconnu porte tout-à-coup un nom et possède un lien avec le reste. Les mots vont donc devenir des clés de compréhension de ce qui se passe dans la partie la plus obscure de sa conscience, juste avant le subconscient.
Le lien entre ce pouvoir des mots et la poésie semble devenir plus limpide qu’au début. La poésie nous touche dans notre partie la plus intuitive et inconnue de notre âme, l’inconscient, et les mots permettent l’accès à cette zone. Parfois lorsque nous entendons un mot, notre ventre se crispe et nous devenons triste, nerveux ou en colère, sans en connaître la raison, nous pouvons imaginer que celle-ci se trouve cachée au fond de ce subconscient et que le mot en question aide à la faire ressurgir.

En conclusion, bien qu’il faudrait encore des heures de lectures de poèmes, d’analyses et de discussion, afin de bien comprendre le rôle mystique de la poésie, nous pouvons tout de même accorder à l’art de Bragi un pouvoir et une importance plus grande que son simple aspect pratique. Bien sur, tous les poètes ne possèdent pas ce pouvoir accordé par l’hydromel poétique, n’oublions pas que ,dans le mythe, quelques gouttes tombent des tonneaux qu’Odin ramène en Asgard et qu’elles sont destinées à de « faux » poètes. Mais mis à part ça, la lecture de poème, en plus d’être un loisir qui ne demande pas beaucoup de temps et peut apporter beaucoup de plaisir par le style ou les thèmes abordés, elle est une occupation qui pourrait beaucoup apporter à notre manière de d’appréhender notre monde, de le comprendre ou le ressentir, et peut-être même se rapprocher quelque peu de la conscience du Père de Tout. Je ne peux qu’encourager mes camarades de Foi et de combat à en lire de temps à autres, la littérature francophone et anglo-saxonne regorgent de trésors.

Merci pour votre écoute, et bon ORF Moot 2015,

Hael à Odin,

Hael à l’Odinic Rite

Nicolas M. AOR

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Category: OR ET ODINISME

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